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Interview du Dr Laetitia Rollin, Maitre de Conférences et Praticien Hospitalier au CHU de Rouen en Médecine du travail

Le Dr Laetitia Rollin, Maitre de Conférences et Praticien Hospitalier au CHU de Rouen Normandie en Médecine du travail, qui a déjà contribué aux contenus de My Cancer Network, nous a accordé une interview le 6 mai 2020 et a répondu aux questions que vous pouvez vous poser sur la reprise du travail, en l’état actuel des connaissances.

 

Est-ce que les personnes atteintes de cancer sont plus à risque par rapport au COVID 19 ?

Le Haut conseil de la santé publique considère que les malades atteints de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) sont des personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SARS-CoV-2. De manière générale, au-delà de 6 mois après la fin des traitements, les personnes ne présentent pas plus de risque que les personnes en population générale.
Néanmoins, il faut apporter quelques nuances à ces généralités puisqu’il peut y avoir des particularités liées aux séquelles du cancer et de ses traitements, à l’âge, puisqu’à partir de 50 ans, le risque de développer une forme grave du coronavirus est augmenté et aussi aux comorbidités, c’est-à-dire à d’autres pathologies associées comme le diabète ou l’obésité, par exemple.

 

Quels dispositifs sont prévus pour les personnes vulnérables, en cours de traitement ou à risque par rapport à une infection à SARS-CoV-2 ?

Depuis le 1er mai 2020, les modalités d’indemnisation des arrêts de travail pour les personnes vulnérables ont changé pour les salariés. Ces derniers vont basculer à compter de cette date dans un dispositif d’activité partielle à la place d’un arrêt indemnisé par l’assurance maladie. Sont concernés par cette évolution, les salariés du secteur privé relevant du régime général, du régime agricole ou d’un régime spécial de sécurité sociale.

Pour pouvoir continuer, à compter du 1er mai, à bénéficier d’une indemnisation de leur arrêt de travail comme personne vulnérable, les salariés devront fournir à leur employeur un certificat d’isolement. Il existe deux manières de l’obtenir. Les personnes considérées comme vulnérables peuvent s’auto-déclarer sur la plateforme mise en place par l’assurance maladie. Dans ce cas, leur caisse d’assurance maladie va leur transmettre le certificat d’isolement sans que l’assuré n’ait de démarche à faire pour le solliciter.

Pour les personnes considérées comme vulnérables qui ont eu recours à un arrêt prescrit par leur médecin traitant, elles doivent le recontacter pour obtenir le certificat d’isolement. Le médecin devra alors :

S’assurer que la personne est bien salariée. Pour les travailleurs indépendants, les travailleurs non-salariés agricoles, les stagiaires de la formation professionnelle et les assurés relevant du régime des artistes auteurs, le médecin devra continuer à établir un avis d’arrêt de travail dans les conditions habituelles ;

Remettre à l’assuré un certificat comportant les informations suivantes : lieu et date d’émission du document, identification du médecin, identification de l’assuré (Nom, prénom, date de naissance), une mention « Par la présente, je certifie que M/Mme X doit, compte-tenu des recommandations sanitaires, respecter une consigne d’isolement le (la) conduisant à ne plus pouvoir se rendre sur son lieu de travail. » et la signature/cachet du médecin.

 

Cette procédure peut être réalisée par voie de téléconsultation, auquel cas le médecin adresse le certificat à l’assuré (par mail ou courrier) afin qu’il puisse le communiquer à son employeur.

Des mesures particulières sont appliquées aux soignants à risque de COVID-19 graves afin d’assurer la continuité du service tout en les protégeant au maximum.  Sont considérés comme soignants les professionnels de santé ainsi que les salariés qui sont au contact direct des personnes accueillies ou hébergées pour leur apporter des soins ou une aide à l’accomplissement des actes de la vie quotidienne.

La pertinence de ces mesures devra être évaluée au cas par cas avec la médecine du travail de l’établissement en fonction de la gravité de la pathologie et de son évolutivité.

Cette évaluation par le service de santé au travail permet de statuer sur la conduite à tenir, en fonction de leur situation de santé. Par exemple, cela peut conduire à une exclusion des services à risque de forte exposition au SARS-CoV-2, des unités dédiées COVID-19, des services d’urgences, de réanimation, d’accueil ou encore à un aménagement du poste de travail.

 

 

Pour les personnes qui ont terminé leur traitement depuis plus de 6 mois ou en rémission, il est donc possible de maintenir ou reprendre son activité professionnelle, quelles sont les recommandations ?

Oui, tout à fait, ces personnes peuvent généralement reprendre avec les mêmes recommandations que pour tout le monde, c’est-à-dire respecter la distanciation sociale d’au moins un mètre entre chaque personne/ 4 m2 pour chaque travailleur, si ce n’est pas possible mettre un masque (grand public ou alternatif, chirurgical que l’on trouve actuellement en grande distribution), et appliquer les gestes barrières que vous connaissez bien maintenant, comme se laver souvent les mains ou utiliser une solution hydroalcoolique, ‎ne pas toucher ses yeux, son nez ou sa bouche et en cas de toux ou d’éternuement, se couvrir ‎la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un ‎mouchoir. ‎D’autres recommandations spécifiques sont possibles en fonction des cas, celles-ci peuvent être appréciées par le médecin du travail. ‎

 

Concernant les personnes qui envisagent de reprendre le travail après la fin de leur traitement, qui se posent des questions sur le « bon moment » pour cette reprise dans ces circonstances exceptionnelles,  quels conseils pouvez-vous leur apporter ?

La période de reprise du travail après un arrêt de travail souvent long, de plusieurs mois, peut être simple mais parfois plus complexe. Il faut se réadapter aux exigences du travail. Actuellement, les organisations de travail sont bouleversées et il est difficile de réaliser des aménagements de poste au sens habituel du terme. Il me semble que compte tenu du manque de visibilité sur l’évolution de la situation sanitaire, pour les personnes en arrêt depuis plusieurs mois, il est plutôt préférable d’attendre encore 3-4 semaines, c’est-à-dire jusqu’à début juin pour envisager de reprendre. Toutefois, il peut y avoir des cas particuliers où la reprise peut être tout à fait être recommandée : par exemple, pour certains, la reprise est importante, d’autant plus que le confinement peut être difficilement vécu et que le travail est un endroit de socialisation important. En outre, certains postes de travail sont très spécifiques et une reprise peut tout à fait s’organiser dans de bonnes conditions. Dans tous les cas, je conseillerais de prendre contact avec son médecin du travail qui évaluera au cas par cas l’opportunité de reprendre.

 

Justement, vous avez présenté le rôle du médecin du travail dans notre rubrique « Vos interlocuteurs ». Dans le contexte actuel,  son rôle a-t-il évolué ?

Le rôle du médecin du travail reste le même mais celui-ci fait partie des acteurs dans la lutte contre la propagation du COVID 19. Il existe aujourd’hui une injonction pour favoriser la téléconsultation afin de limiter les contacts. Ces consultations en visio permettent d’avoir un avis sans prendre de risque. Parfois, à cause d’une charge de travail importante, les médecins du travail doivent reporter les visites de préreprise recommandées pour les personnes qui souhaitent reprendre le travail après un cancer.
Actuellement, ils sont très mobilisés pour les aménagements de poste nécessaires aux personnes « vulnérables » à risque de forme grave du COVID 19 et ils ont aussi un rôle de conseiller auprès de l’employeur et des salariés dans le cadre de leur mission de prévention afin de préserver la santé et la sécurité des salariés pendant la crise sanitaire.
Les médecins du travail pour le personnel hospitalier ont aussi un rôle dans la reconnaissance en maladie professionnelle des personnels infectés par la COVID 19 bien que suite aux annonces, les procédures ne soient pas encore connues et restent floues.

 

Pour les personnes qui travaillent ou qui vont reprendre une activité progressivement au moment du déconfinement et qui s’inquièteraient de contaminer un proche atteint de cancer, avez-vous des recommandations pour limiter ce risque ?

Pour les proches qui cohabitent avec une personne atteinte de cancer en cours de traitement (hors hormonothérapie), il est possible de bénéficier du même dispositif d’activité partielle que celui destiné aux personnes vulnérables, et non plus d’un arrêt indemnisé par l’assurance maladie depuis le 1er mai. Ils doivent donc fournir un certificat d’isolement à leur employeur.
Pour les proches de personnes qui ont terminé leur traitement depuis plus de 6 mois ou en rémission, les gestes barrières et la distanciation sociale doivent être bien respectés.

 

 

 

 

 

 
Publié le 10/10/2019